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Prefazione a
La ragazza di Arthur (1991)

Jean Jacques Méric

Maria Grazia Lenisa nous construit depuis longtemps un palais sans localisation terrestre, sans bàtiment visible (mais non sans ailes!), sans parc, sans paysage alentour, bref sans rien qui l'enfonce dans la réalité. Pour visiter, mieux vaudrait peut&tre un guide. Cette fois, l'auteur nous confie à la "ragazza di Arthur", la "camarade" de Rimbaud, évoquée dans "Phrases", un des phares des "Illuminations".

La camarade de Rimbaud, qui cela peutil &tre, sinon la poésie, voire la poétesse ellem&me? Pas la muse, en tout cas: ce serait trop classique – encore que M.G.L. aime à peupler de dieux et de déesses son chàteau de cartes. Mais en nous renvoyant ainsi à l'essence de son oeuvre – si méme elle ne nous livre pas à sa propre personne – ne nous ramènetelle pas au point de départ du circuit, à l'entrée du palais, au vestibule que l'on peut se figurer recouvert de glaces multipliant les images à l'infini? Sans doute le lecteur s'en accomodera-t-il, car il retrouvera ainsi sa liberté d'interprétation.

Laissons donc, nous aussi, courir notre imagination, inspirée par les fables sans morale du recueil. Ainsi la camarade, ce peut &tre quelqu'un qui ne vit pas, enfermé qu'il est dans un cercueil de cristal où il attend d'etre ressuscité; ou bien un individu qui commencerait par &tre une femme, de laquelle l'homme serait crée, mais comme cela, sans le concours du màle, par l'opération d'un amour de tète ou d'un regard narcissique. A moins encore que ce personnage ne soit un ange tombé du ciel sur le balcon de l'auteur; elle l'enchainerait et le dessinerait avant qu'il ne devint une femme et ne fùt libéré. Tant il est vrai que l'homme n'existera vraiment que travesti en femme.

Car, sur le papier, toutes les métamorphoses deviennent possibles. "Le sublime de l'imaginaire" supplante tous les désirs.

"La camarade d'Arthur | cherchant la Vérité, trouve la rime | et l'invention crée la vérité". Nous rejoignons là l'univers de M.G.L.: un monde de fiction, un refuge où se protéger de la monotonie de l'existence quotidienne. Un univers plus vrai, finalement, que l'univers réel. Telle est la trame de ce nouveau recueil, comme elle l'est d'oeuvres précédentes: "L'Ilarità di Apollo", "La Carte du Tendre". Mais M.G.L. cesserait d'étre elleméme si elle ne ménageait quelque surprise au lecteur en le convoquant aussi pour des aventures insolites: par exemple, une rencontre en songe avec les descendants de Sade...

A l'auteur, nous prédirons avec le Poète: "Des étres parfaits, imprévus, s'offriront à tes expériences".

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